mardi 21 avril 2015

Maison en bois : accessible à tous ?

Eco Maison Bois, n°33, avril 2015

La maison en bois, c'est pour nous un rêve familial, qui prend ses racines dans un été sous la tente au milieu d'une forêt d'Ile-de-France. Partis d'une volonté de simplicité extrême (un peu trop extrême avec deux enfants), nous nous sommes orientés vers un projet d'habitat plus classique, tout en gardant l'essentiel : vivre davantage en plein air et expérimenter quelques pratiques de gestion écologique au quotidien, en lien avec le fonctionnement d'une maisonnée.

Ces pratiques écologiques, nous les avons choisies en fonction de ce qui était le plus à notre portée, de ce qui pouvait avoir du sens à l'endroit où nous habiterions et de ce qui nous fait plaisir. Je pense que nous ne sommes pas très originaux, et que ces expérimentations sont le produit d'une époque et d'une envie de "faire autrement" assez largement partagée. A l’échelle collective, on peut donc espérer que la somme de toutes ces expérimentations aura de jolis effets et fera boule de neige.

En revanche, comme je l'expliquais par ailleurs au sujet de l'habitat alternatif, nos petits pas de côté ne se posent pas comme exemplaires. Je n'aime pas les postures écologiques culpabilisantes, celles qui n'ont d'autres objectifs que de se sentir au-dessus du lot, alors même que certaines pratiques ne semblent pas accessibles à tous. L'équilibre n'est pas toujours évident lorsqu'on tient un blog, car le fait même d'exposer ses questionnements, essais et découvertes peut faire songer à une démarche d'orgueil. Donc : en aucun cas je n'expose ici des conseils -- ce sont juste des idées en marche, parfois elles trottinent, parfois elles se cassent la figure.

Je vais dans ce billet revenir sur l'idée reçue selon laquelle une maison en bois est une construction onéreuse. Je ne peux pas procéder par "vrai / faux" car chacune des réponses serait "ça dépend"... tant les paramètres à prendre en compte sont nombreux.

Les principaux critères d'une construction

Grâce aux techniques de construction actuelles et en constante innovation, une maison en bois ne coûte pas beaucoup plus cher en 2015 qu'une maison en maçonnerie classique. Bien sûr, le coût de la construction reste très variable en fonction des choix de mise en œuvre : livraison clé en main ou hors d'eau / hors d'air, auto-construction, maison en kit, choix des matériaux… Tout dépend de ce que l'on peut investir en temps, en travail et en argent. Dans notre cas, nous n'avons ni le savoir-faire technique, ni les outils, ni le réseau pour nous engager dans l'aventure de l'auto-construction, solution la moins onéreuse. Avec nos deux petits bouts de chou de moins de trois ans et notre vie professionnelle, il nous fallait une solution clé en main... la plus chère. Mais au final, notre maison ne coûtera pas beaucoup plus qu'une construction traditionnelle de lotissement.

Hors coût du terrain, voici les éléments à prendre en compte  :
  • travaux de terrassement ;
  • type de fondations ;
  • étude de sol (étude réalisée à partir de prélèvements du sol à l'endroit où on souhaite construire, pour le système d'assainissement individuel ou si le sol nécessite des fondations spéciales) ;
  • raccordements et taxes diverses : droit d'abonnement aux différents réseaux, viabilisation, frais de raccordement, etc. ;
  • système d'assainissement ;
  • bilan thermique obligatoire (dans notre cas il est compris dans la prestation du constructeur) ;
  • type de construction bois (ossature bois, poteaux-poutres, bois massif empilé) ;
  • type de finition (kit à monter, hors d'eau / hors d'air, clé en main) ;
  • surface de la maison ;
  • nombre d'étages ;
  • essence de bois choisie ;
  • construction proprement dite ;
  • aménagement de l'intérieur (dans notre cas il restera les peintures, sols des chambres et cuisine à monter) ;
  • aménagement du jardin, non inclus dans la prestation du constructeur, ainsi qu'éventuellement une terrasse ;
  • frais financiers liés au prêt immobilier. 
A titre d'exemple, notre maison en ossature bois, bardage douglas et toiture en ardoise naturelle, isolation écologique (ouate de cellulose, fibre de bois), clé en main (hors finitions citées) de plain pied et 85 mètres carrés habitables reviendra à 1 525 euros le mètre carré, fondations comprises. Hors coût du terrain, notre budget s'élève à 160 000 euros, dont environ 10 000 euros pour l'étude et l'installation de la phytoépuration (coût qui peut être ramené à 2 000 euros en auto-construction). A titre de comparaison totalement hors propos mais qui donne une petite idée quand même, si nous devions acheter l'équivalent de notre appartement de 65 mètres carrés dans notre ville actuelle, il nous faudrait débourser environ 400 000 euros, soit environ 6 000 euros le mètre carré.

Prix moyen d'une maison en bois

De manière générale, les professionnels proposent des prix moyens pour faire construire une maison en bois allant d'environ 1 000 euros le mètre carré (livrée en kit et sans fondations) à 3 000 euros le mètre carré (prestation haut de gamme). Je reviendrai dans un prochain billet sur le procédé de construction qui permet à notre future maison de rester dans un juste milieu de prix tout en gardant des matériaux de grande qualité.

A titre indicatif, voici un comparatif des prix de construction maison individuelle classique au mètre carré (source : Comprendre / Choisir) : 1 200 euros le mètre carré pour une maison maçonnée industrielle et 1 400 euros le mètre carré pour une maison maçonnée traditionnelle.
Notre maison sera donc un petit peu plus chère qu'une maison de lotissement classique. Mais avec un calcul du budget à plus long terme, une maison en bois se révélant beaucoup plus performante d'un point de vue énergétique qu'une maison maçonnée, elle sera plus économe au quotidien.

Maison écologique, quels financements ?

Une maison en bois écologique peut bénéficier de prêts à taux bonifiés, que ce soit par des aides régionales, même si elles tendent malheureusement à disparaître (prime à destination des particuliers, représentant 15% des frais de construction d'une maison à ossature bois en Poitou Charente, aide au financement en Alsace), par le prêt à taux 0% pour les primo-accédants (sous conditions de ressources et selon un barème en fonction des régions) ou encore par les prêts spécifiques à l'éco-habitat

Nous bénéficions de ce dernier dispositif grâce au Crédit Coopératif : la qualité environnementale du projet fait baisser le taux d'intérêt. Voici des exemples de critères pris en compte pour le calcul du taux d’intérêt : orientation de la construction (principes bioclimatiques) ; matériaux choisis pour construire ou isoler ; mode de chauffage ; peintures ou lasures ; gestion de l’eau ; consommation énergétique. Nous avons réalisé un dossier reprenant ces principes, ajoutant également une dimension sociale : choix d'un constructeur local, organisé en coopérative d'artisans.

Et alors, on en est où ?

Pas d'avancée depuis la dernière fois : le permis de construire est déposé dans notre commune d'élection et nous attendons la notification du transfert de notre dossier aux Architectes des bâtiments de France, la zone dans laquelle nous nous installerons étant classée "Paysages et nature protégés d'Ile-de-France". Wait and see !


lundi 6 avril 2015

Recyclage, surcyclage et récup' : comment meubler une maison ?

William McDonough et Michael Braungart,
Cradle to cradle, Créer et recycler à l'infini,
Editions Alternatives, 2002

La maison n'est pas encore construite que nous songeons déjà à la meubler. Dans le projet initial, une Tiny House, il fallait penser à se délester, à désencombrer, à vivre avec l'essentiel. Avec cette nouvelle configuration, plus classique, nous tenterons de rester dans la même perspective. Exit l'accumulation d'objets tous plus inutiles les uns que les autres, les doublons, les "on garde, on ne sait jamais, ça pourrait servir". Et pour cela, point n'est besoin d'attendre la pose du premier pan de mur : on commence aujourd'hui. On trie, on donne, on revend, on fait entrer les objets dans le cycle d'une nouvelle vie... Et comme la nature a horreur du vide, on essaie de remettre du sens dans ceux qui franchiront le pas de notre porte.

Recyclage, récupération, surcyclage, de la palette à la tablette bien chouette 

Le livre fondateur de l'économie circulaire, Cradle to Cradle, (du berceau au berceau, par opposition à l'expression "du berceau à la tombe") propose non pas de mesurer l'impact environnemental d'un produit de sa fabrication à son élimination (du berceau à la tombe, donc) mais de repenser cette production dans un cycle fermé où le produit en fin de vie devient lui-même ressource pour une réutilisation. 
  • Dans le recyclage, les matériaux d'un objet sont récupérés pour être "sous-cyclés", transformés en matière première. C'est le cas par exemple des emballages en cartons ou des journaux, qui redeviendront du papier. (Objet > Matériau)
  • Dans la récupération, ou réutilisation, un objet connaît une deuxième vie tel qu'en lui même. C'est le cas des habits de bébés passés de main en main, que plusieurs petits porteront.
    (Objet = Objet)
  • Dans le "sur-cyclage", l'objet est amélioré, transformé en produits de qualité ou d'utilité supérieure. (Objet < Objet)
Un exemple de ce "sur-cyclage" que nous suivons de près est la réutilisation de palettes. En les choisissant avec soin en fonction de leur marquage, il est possible de les transformer, que dis-je, de les magnifier !
On passe donc de ce type d'objet :

à ces siouperbes meubles de jardin :
Mobilier de jardin en bois de palettes,
http://www.1001pallets.com/2014/05/complete-pallet-garden-set/
Tadaaam ! Up-cycling !

Bon, pour arriver à ce résultat, il va falloir se sortir les doigts de la scie-sabre. Et se documenter sur les plateformes de joyeux bricoleurs engagés dans cet univers de la production collaborative. En vrac et en planchettes, voici quelques pistes :
  • Chez 1001 Pallets, tu refais ton mobilier du sol au plafond avec des palettes. Et sur cette page, tu peux proposer ton œuvre. Plus de 267 000 fans sur Facebook, ça en fait du monde qui rêve de débiter du p'tit bois !
  • Francophone, plus pépère, plus brico-casto, tu as Esprit Cabane qui propose plans et idées pour fabriquer ses meubles. Immanquablement, tu tomberas sur quelques palettes. 
  • Chez Woodself, on parle aussi français, et tu peux trouver quelques plans super sympas pour faire une table de pique-nique, un bac à compost, une armoire, un abri en bois...
  • L'association Entropie, à Grenoble, propose des notices de fabrication et organise des ateliers pour réveiller le bricoleur et le transformateur du quotidien qui sommeille en toi. J'y retrouve une ancienne connaissance de ma vie Lyonnaise, artiste plasticienne qui réveillait les rues et les consciences, et cela ne m'étonne pas ! :)
  •  Alors là ça ne rigole pas, chez Opendesk c'est le monde du design "open source" au service de l'open-space et des bureaux. Des tables et des chaises à fabriquer toi-même qui te passeront pour toujours l'envie d'aller chez Ikéa.
  • Tiens, à propos du Suédois, si tu ne sais pas quoi faire pour embellir tes Kallax (Ex-Expedit), Billy et autres Besta, tu trouveras un millier d'idées plus farfelues les unes que les autres chez Ikéa Hackers, le site collaboratif anglophone pour la transformation des meubles du magasin jaune et bleu aux saucisses pourries. 
  • En français, le même principe chez Ikéa Bidouilles. Là aussi tu peux proposer tes réalisations à la grande cause de la connaissance collective. (Attention, les taches de régurgitos du petit dernier ne comptent pas comme up-cycling !)
Un monde s'ouvre à nous, et comme on ne se refait pas, ça me fait réfléchir. Liste non exhaustive de quelques recherches à suivre : 
  • Sur la culture de la réparation, du recyclage, de la réaffectation, voir Felipe Fonseca et sa pensée de la "culture maker", issue d'années de pratique au sein du réseau MetaReciclagem au Brésil ans le début des années 2000. Ce bidouilleur d'ordinateurs mis au rebut nous livre sa vision désenchantée de la "récupération" du mouvement (c'est un comble, pour un mouvement de recyclage !) par l'industrie traditionnelle. 
"Les produits industriels qui souffrent d’obsolescence programmée pouvaient être réparés, puisque des armées d’amateurs allaient utiliser l’Internet pour partager des modèles numériques de pièces de rechange. De nouveaux types de sens et d’engagement influencés par ces approches de l’expression culturelle et matérielle allaient se développer. Les possibilités découlant des mouvements du logiciel libre et des hackers allaient changer in fine l’ordre des choses."
"Et pourtant… nous nous sommes retrouvés dans un monde de geeks débutants montant des kits préfabriqués d’imprimantes 3D, avec lesquelles de futurs designers tendance (souvent eux-mêmes nouveaux geeks) peuvent faire fondre beaucoup de plastique – pratiquement non recyclable – pour fabriquer des prototypes de nouveaux produits, espérant ainsi devenir riches et célèbres. La plupart de ces prototypes ne serviront à rien, mais leurs créateurs vont tout de même spammer Facebook, Twitter et Instagram pour essayer de nous convaincre qu’ils construisent notre avenir (meilleur, d’une manière que personne ne peut préciser). Qui sait, ils seront peut-être invités à faire un « TED Talk » ou recueillir des fonds sur Kickstarter. Ou au moins devenir consultants pour une ONG internationale disposée à développer des « technologies pour l’éducation ».
Et voilà comment on oublie les hackers qui se font des ampoules aux mains en s’efforçant de devenir menuisiers"
"La culture de la réparation, en ce sens, n’est pas un simple effet secondaire du développement des sociétés industrielles. Au contraire, c’est l’une des rares niches distribuées et cohérentes de résistance à la transformation de toute créativité humaine en produit quantifiable."
> Moi ça me donne des frissons partout ce genre de texte !
  • A suivre également les travaux en cours de Jean-Samuel Beuscart, également un ancien collègue chez Orange Labs, qui mène une enquête sur "les usages de la consommation collaborative, définie comme l’échange de biens et services entre pairs, intermédié par une nouvelle génération de plateformes en ligne (blablacar, vide-dressing, corecyclage, drivy)." Même si la recherche de Jean-Samuel n'est pas spécifiquement centrée sur le recyclage, elle le comprend dans les usages étudiés.

Et alors pour la maison, on en est où ?

Après quelques péripéties liées à la caution du prêt (les organismes de cautionnement n'aiment pas les gens qui ne sont pas en CDI), nous avons obtenu une offre de prêt spécifique à l'éco-construction par le Crédit Coopératif. Nous sommes très contents de cette offre car cette banque coopérative et solidaire correspond à nos valeurs. Le permis de construire est déposé auprès de la commune où se situe notre futur terrain, il doit obtenir l'avis des architectes des bâtiments de France, on croise les doigts !

Ceci est le neuvième billet sur notre projet d'habitat familial écologique. Retrouvez les autres billets ici :
- Romans d'été
- L'aventure de proximité
- Faire vivre le rêve
- Le mouvement Tiny Houses 
- Changement de programme (sur un même chemin)