lundi 18 août 2014

Romans d'été



- Vous savez, la liberté est un concept intéressant. J'ai connu un type qui était trader à Wall Street, le genre de golden boy plein aux as et à qui tout sourit. Un jour, il a voulu devenir un homme libre. Il a vu un reportage à la télévision sur l'Alaska et ça lui a fait une espèce de choc. Il a décidé qu'il serait désormais un chasseur, libre et heureux, et qu'il vivrait du bon air. Il a tout plaqué et il est parti dans le sud de l'Alaska, vers le Wrangell. Eh bien figurez-vous que ce type, qui avait toujours tout réussi dans la vie, a également réussi ce pari-là. C'est devenu véritablement un homme libre. Pas d'attache, pas de famille, pas de maison : juste quelques chiens et une tente. C'était le seul homme vraiment libre que j'aie connu.
- C'était ?
- C'était. Le bougre a été très libre pendant quatre mois, de juin à octobre. Et il a fini par mourir de froid l'hiver venu, après avoir bouffé tous ses chiens par désespoir.
 
(Joel Dicker, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, Editions de Fallois / Poche, 2014, p. 512)

Eté 2014, entre montagne et camping forestier, Maurienne et Ile-de-France. Les femmes enceintes ne souffrent pas seulement de remontées acides. A la faveur d'une thérapie analytique initiée en début de grossesse, les rêves remontent également à la surface, bulles aigres-douces que l'on peut tenter de saisir entre nos doigts avant qu'elles n'éclatent. Des rêves, des instants passés mêlés aux projections du futur que l'on porte. Ces lanternes magiques me parlent de ce que je suis, de ce que j'ai laissé filer, de ce qui revient sans cesse et se réveille au moindre détail, oui, un reportage à la télévision sur un mec parti vivre en quasi-autarcie au fin fond de la Nouvelle-Zélande, par exemple. La Friche RVI à Lyon, les squats des Cévennes, les jardins des possibles et les utopies cloîtrées. Ces habitats alternatifs dans lesquels j'ai vécu quelques temps, aujourd'hui détruits par les "pouvoirs publics" alors que tant de mains s'étaient jointes pour les rebâtir. Les campings de mon enfance, lieux de formation et de liberté -- des campings deux étoiles, sous les pins, sans flonflons ni animations, seulement de l'espace et des jeux. La randonnée en autonomie et la course pieds nus. Tout se mélange. Puis au réveil, une inspiration : je suis faite pour vivre dehors, avec juste un abri à la mesure des éléments. L'observation de notre fille, oscillant entre épanouissement total en plein air et retraite calme lorsque la pluie tombe, un livre à la main sous une toile de tente. Mes rêves enfouis percutant ceux de mon compagnon -- des vies différentes mais une même direction. Et des romans d'été aux thématiques fort éloignées de ces préoccupations, dans lesquels de petits passages périphériques viennent distiller des clins d’œil. C'est décidé, nous partons en exploration.

Ceci est le premier billet sur notre projet d'habitat familial alternatif.
Retrouvez les autres billets ici :
- L'aventure de proximité
- Faire vivre le rêve
- "Life is huge, live Tiny !" : le mouvement Tiny Houses

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